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Régulation antifragile

A quoi sert une régulation ?

Comme sur le schéma cela sert à faire entrer dans un système une rétroaction. Cela sert à ce que deux personnes, ou plus, se disent des choses pas facile dans le but de les faire progresser sur des aspects comportementaux (pour l’émetteur) ou de résoudre un problème (pour le récepteur).

Par exemple quand je parle je peux être un peu définitif et cela blesse certains. Lorsqu’ils me le disent ils remettent dans « mon système » l’information que j’oublie naturellement de l’impact que j’ai quand je parle de mon métier. Cela m’aide à me réguler, à faire attention.

Qu’est-ce qu’une régulation antifragile ?

Assez simplement c’est une régulation dont tout le monde sort renforcé. C’est donc l’exact opposé d’un règlement de compte. Pour comprendre les notions évoquées je vais m’appuyer sur le concept de conversation concave.

  • Un règlement de compte c’est concave, plus le temps passe plus, si la personne n’entend pas j’augmente l’intensité de mes paroles, puis je laisse libre cours à mon ressentiment. Plus cela dure plus cela fait mal, comme représenté à gauche sur le schéma.
  • Une régulation antifragile reste convexe, douloureux (c’est-à-dire négatif) mais convexe (c’est-à-dire en amélioration) comme l’illustre la partie droite du schéma.

Comment mener une conversation « franche mais douloureuse » sans tomber dans la concavité ? il ne s‘agit pas uniquement d’être franc, de dire l’important, il s’agit que cela puisse être entendu.

Pour faire cela il existe de merveilleux process comme ceux de la CNV (Communication Non Violente) décrit ailleurs.

Comment faire si on est limité en termes de système émotionnel ?

Malheureusement ces processus demandent une certaine maitrise émotionnelle, pouvoir nommer ce que l’on ressent, écouter l’autre. En un mot ce sont des techniques de développement personnel qui malheureusement ne sont pas commune à tous les participants d’un projet en organisation. Donc comment faire ?

Au fil des tentatives, des échecs beaucoup, j’ai identifié 5 ingrédients qui permettent de rendre la régulation antifragile :

  1. Première chose à faire, chacun parle en JE, à partir de son point de vue, de ce qu’il perçoit, ressent, imagine. Ce principe est directement inspiré de la CNV.
  2. Seconde chose à faire, comme la CNV c’est très simple mais en pratique assez compliqué à réaliser sans entraînement, si je ne suis pas expert je peux simplement me contenter de ne parler que des conséquences des actes, pas des intentions. Dès que commence à parler des intentions des personnes non seulement j’ai un gros risque de me tromper, mais surtout je contribue à la concavité. En effet imaginons que j’ai vu juste et que j’ai identifié les mauvaises intentions de mon interlocuteur. Soit lui le sait et il va devoir accepter ce qu’il n’est pas facile. Soit beaucoup plus fréquent il ne va pas avoir conscience de ses mauvaises intentions. Je vais donc tenter de lui faire voir son ombre de force. Par expérience ce n’est pas une idée très convexe, c’est très face Nord, ce qui rejoint la théorie de Jung.
  3. Ensuite bien évidemment cela ne suffit pas. Pour l’instant j’ai un grief et je me suis contenu. Mais ce n’est pas suffisant, pour rendre la régulation convexe je dois être actif vers l’autre et cela de plusieurs manières. La première consiste à activement Chercher ses bonnes raisons. Cette ligne de conduite est bien décrite dans l’article bonne raisons. Lorsque je cherche les bonnes raisons de l’autre je me mets dans un état intérieur où j’accepte qu’il existe, qu’il en ait, des bonnes raisons. Je l’accueille. Maintenant c’est insuffisant. Pour que cet accueil soit efficace il faut qu’il le sente.
  4. Le 4ème ingrédient consiste à verbaliser cette recherche des bonnes raisons en reformulant ces bonnes raisons. Point n’est besoin de formuler le terme bonnes raisons, ce qui est important c’est que la formulation  montre bien que je considère positivement les motivations de mon interlocuteur. C’est cette recherche positive qui ma permettre à mon interlocuteur de faire baisser les barrières et donc d’entendre ce que j’ai à dire. C’est sans doute la clef de l’antifragilité.
  5. Dernier ingrédient, pour sortir totalement satisfait d’une telle régulation l’idéal c’est d’arriver à formuler une solution intégrative, c’est-à-dire qui intègre les deux points de vue exprimés.

 

In fine, je pense que c’est très très similaire à la CNV qui m’a beaucoup inspiré dans sa simplicité. La seule chose que j’apporte réellement c’est une certaine simplification pour éviter la difficulté que l’on rencontre en organisation de faire parler les gens de leurs émotions. Une sorte de CNV face Sud, moins puissante mais qui bien souvent suffit.

AIR TIME

Littéralement Airtime peut se traduire par temps d’antenne, en TV ou en radio. Cette expression est également employée par les riders de slopestyle qui doivent enchaîner un grand nombre de figures dans le temps qu’ils passent dans les airs, airtime.

Cette dernière comparaison se prête bien aux discussions en grand groupe : plus le groupe grandit plus il faut faire attention à gérer l’airtime.

L’heuristique est la suivante : lorsqu’on design un temps collectif il doit y avoir une équivalence entre l’airtime d’un sujet et son importance pour tout le groupe.
  • Au-delà de 4 personnes, à mon avis, un animateur doit commencer à gérer l’Airtime, ne serait-ce que pour éviter les monopoles et les muets, 4 semble être la taille optimale où un groupe peut autogérer une conversation qui intéresse tout le monde comme le montre un article sur la dynamique des dîners d’amis,
  • A partir de 12 personnes cela devient indispensable, ce qui veut dire que ceux qui parlent doivent préparer et qu’il faut faire attention aux questions posées au débat en grande groupes. Il devient préférable de bien préciser les règles de parole
  • entre 20 et 70 personnes, les speakers doivent être briefés et seules les questions stratégiques pour le groupe ont droit à de l’airtime. Dans l’autre sens il faut bien s’assurer que les choses discutées en sous-groupe sont bien revenues en grand groupe. Celles qui ne sont pas revenues, c’est comme si elles devenaient sans importance,
  •  Au-dessus de 100 personnes il devient plus prudent de scripter les speakers et de limiter les Q&A.
  • A partir de 300 un outil de Q&A on-line devient nécessaire.

En résumé le temps d’antenne est d’autant plus précieux que la taille du groupe augmente et il faut le gérer même si cela implique d’augmenter le formalisme.

Antifragilité : Ce qui est bon pour un groupe c’est de passer du temps sur des sujets importants pour tous. On peut interpréter toutes les distractions et digressions à cette lumière.

Ainsi lorsqu’un grand groupe sort du cadre, on peut utiliser cette heuristique pour éclairer les digressions: est-ce que c’est un nouveau sujet stratégique dont le groupe s’empare ou au contraire est-ce une digression qui montre qu’on a passé trop de temps sur le sujet ? Cela évite les rappels à l’ordre intempestifs.

De même lorsque des personnes ont du mal à rester attentive, parfois c’est leur responsabilité (assez rarement) et bien souvent c’est que le sujet abordé ne les intéresse pas, tout simplement. Dans ce cas l’on peut observer d’autres participants pour voir si cet ennui est partagé, auquel cas nous aurons une bonne indication que l’Airtime n’est plus pertinent pour le groupe.

Illustration Breet Rheeder un des meilleurs riders mondiaux passant un 360 whip. Crédit photo : Bret Rheeder sur Instagram :

https://www.instagram.com/p/BQV401eDWbx/?utm_source=ig_web_button_share_sheet